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Si fragile autorité...

Le retour d’Authority était l’événement du mois d’Août 2007 à marquer d’une pierre blanche. La mini-série «Humains malgré tout » promettait d’apporter un regard différent sur les personnages de Warren Ellis. Les commandes du Porteur sont confiées à John Ridley, connu entre autres comme scénariste pour le cinéma sur le film « Les rois du désert », film qui interrogeait de manière caustique et décalée la présence des USA en Irak. Pour l’occasion, on lui adjoint les crayons de Ben Oliver qui a auparavant œuvré sur Ultimate X-men.

Le récit de Ridley se passe entre le dernier arc du volume 1 d’Authority, Brave New World, et Reality Incorporated, qui ouvre le volume 2 de la série régulière. Les francophones pourront donc ranger ce 100% Wildstorm entre les Semic Books 4 et 5 consacrés à Authority.

Ridley fait le pari de quitter les sentiers battus de la surenchère gore et du blockbuster hollywoodien pour approfondir les caractères et les faiblesses de chacun des membres d’Authority pour mieux remettre en cause la toute puissance auto-proclamée de l’équipe.

Un peu de profondeur et de sens ne pouvaient pas nuire à la série et la caractérisation des personnages ne s’en porte que mieux. L’histoire débute par une journée odinaire d’Authority qui évite une III° Guerre Mondiale en deux menaces, trois sarcasmes. Le lecteur, familier ou novice, se trouve aussitôt en terrain rassurant, et c’est de ce terreau que Ridley fait surgir la seule menace susceptible de faire vaciller les certitudes des membres de l’équipe. Ridley mène son travail de sape avec subtilité entre combat sanglant contre des puissances inédites et redoutables et guerre psychologique qui met en péril le sort de toute l’Humanité.

A ce niveau du récit, on s’attend à une conclusion cataclysmique doublée d’une leçon de vie sur la notion d’humanité. Ridley peine hélas à tenir toutes ses promesses. Si la conclusion attendue illustre bien son propos, on le sent comme soudain, à son tour, saisi par le doute de pouvoir réparer les jouets qu’il vient de briser avec délectation et pressé de mener l’histoire à son terme dans la place qui lui est impartie. La dernière partie est donc cousue de fil blanc et étonnamment naïve pour un récit d’Authority et au vu des ambitions affichées préalablement. La conclusion, elliptique pour ne pas dire confuse, est aussi frustrante par le peu de cas qui est fait d’un personnage astucieusement remis au premier plan mais cavalièrement renvoyé dans les cordes.

Pour ce qui concerne la partie graphique de l’affaire, il est étonnant de constater que sa qualité évolue en parfaite symétrie avec le scénario. Ben Oliver ajoute son ambition graphique aux ambitions scénaristiques de Ridley et semble confronté aux mêmes difficultés en matière de conclusion. Il livre de belles planches d’abord bien soutenues par les couleurs élégantes de Wendy Broome et Randy Mayor, puis ses décors que nous qualifierons pudiquement d’épurés semble se vider totalement dans les dernières planches. La partie parisienne du récit montre un manque total de documentation que ce soit au niveau de la ville ou des uniformes. Le combat final fait assez pâle figure comparé à celui qui, quelques pages plus tôt, apportait le chaos au sein d’Authority, et le manque total de charisme de la Nemesis du jour tombant là comme un cheveu sur la soupe ne fait qu’affadir un peu plus la conclusion de l’histoire.

Malgré les réserves exprimées sur sa conclusion, « Humains malgré tout » reste une histoire qui a le mérite de tenter d’apporter un ton nouveau à «Authority » bien qu’elle ne tienne pas toutes ses promesses. La lecture en reste cependant agréable au regard du soin apporté à sa création par ses auteurs et par le plaisir de retrouver Hawksmoor, Midnighter, Apollo, Le Docteur, L’ingénieur et la petite Jenny Quantum ainsi qu’un invité surprise.

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