Comicszone

  • Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Loveless t.1 - A Kin Of Homecoming

 

Auteur
 Brian Azzarello (scénario), Marcelo Frusin (dessin) 
Editeur (Collection)
 DC (Vertigo)
Date de parution
 Mai 2006
Prix
 9,99 $
Nombre de pages
 128
Episodes VO
 Loveless #1-5
Correspondance VF
 Loveless, Tome 1 : Retour au bercail (Éditions Panini)



Don't miss this collection featuring issues #1-5 of the Western series for a new millennium created by Eisner award-winning writer Brian Azzarello (100 BULLETS). With HELLBLAZER artist Marcelo Frusin, Azzarello tells the tough-as-nails saga of Wes Cutter, combining all the bloody action and atmosphere of a Sergio Leone film with the provocative storytelling of HBO's Deadwood.

Once Upon A Time In South...

Wes Cutter est un ancien soldat sudiste fuyant les horreurs de la Guerre de Sécession. De retour chez lui à Blackwater, il trouve un village dirigé par les vainqueurs et hanté par les secrets et les mensonges…

Azzarello place son récit à la fin de l'un des moments les plus noirs des Etats-Unis d'Amérique : La Guerre de Sécession. Evitant le cours d'Histoire à l'intérieur de l'œuvre, il utilise simplement le milieu dans lequel sont plongés ses personnages pour en faire des êtres violents et vils qui sont tous à l'image de l'époque chaotique dans laquelle ils errent. On pourrait reprocher à l'auteur de ne pas s'étendre sur le coté politico-historique de cette période trouble, mais là n'est pas son propos. Préférant sonder l'âme de ses protagonistes, Azzarello s'en donne à cœur-joie et plonge tout son petit monde dans la fange. Dans Loveless, il n'y pas de héros, mais seulement de faibles hommes. L'Humanité dans tout ce qu'elle a de plus pathétique…

Avec cette série, le scénariste se fend également d'un hommage envers le western spaghetti. Fans du Django de Sergio Corbucci, ou de la Trilogie des Dollars de Sergio Leone, cette bande-dessinée est faite pour vous ! Bien qu'il faille reconnaître qu'Azzarello ne fasse pas toujours dans la finesse et qu'il utilise parfois trop facilement les mêmes ficelles issues des archétypes du genre, le résultat demeure néanmoins assez concluant dans l'ensemble.

Malgré cette bonne impression générale, on pourra tout de même reprocher de grosses lenteurs dans le scenario. En arrivant aux dernières pages de ce TPB, le lecteur aura finalement peu avancé dans l'histoire… Comme si ce recueil faisait office de prologue, alors qu'on rentre plus sérieusement dans le vif du sujet avec l'arc qui suit (cf. critique de Loveless t.2 - Thicker Than Blackwater). Il faut donc éventuellement s'attendre à ne pas être tout de suite scotché par ce premier volume.

Ayant déjà travaillé avec Azzarello sur Hellblazer, Marcelo Frusin s'occupe de mettre en image ce western sauvage. Ceux d'entre vous qui apprécient 100 Bullets (toujours avec Azzarello au scénario… décidément !) ne seront pas trop dépaysés. En effet, on peut trouver pas mal de points communs entre le style d'Eduardo Risso (dessinateur de 100 Bullets, donc) et celui de Marcelo Frusin. L'argentin donne très vite le ton avec un trait rugueux. Les figures de ces personnages sont marquées par leurs vécus et on ressent très vite l'ambiance malsaine qui pèse sur le récit. Préférant la majorité du temps un découpage cinéma (ce qui peut être au final assez rédhibitoire), le storytelling proposé par l'artiste varie néanmoins assez pour ne pas lasser en proposant aussi des planches agencées plus classiquement.

Pour ce qui est de la colorisation de Patricia Mulvihill (100 Bullets), le résultat est mi-figue, mi-raisin. Autant pour les scènes nocturnes ou celles se passant dans la pénombre, elle sait choisir les bons tons (en passant du bleu nuit au rouge orangé), autant pour les scènes diurnes elle manque le coche en utilisant des couleurs bien trop claires et qui ne vont pas dans le sens du scénario. Heureusement, l'histoire se déroulant en bonne partie de nuit, la catastrophe est évitée.

Au final, ce premier tome de Loveless se révèle loin d'être parfait, mais il mérite tout de même le coup d'œil, et ce, surtout si on aime les westerns aux ambiances délétères…

Western crépusculaire

Brian Azzarello est, comme Ed Brubaker, un habitué des récits noir et des polars, on le sait et on a l'habitude, mais couplé avec un western, il faut dire que ça nous change. Loveless est un récit qui se place peu après la guerre de Sécession, dans une période où les sympathisants sudistes étaient expropriés, où les noirs commençaient juste à être reconnus mais finalement pas tant que ça, où les nordistes essayaient de faire la loi en s'appropriant des terres et en contrôlant les sudistes... Une période où la vie ne tenait pas à grand chose, et où chaque action, chaque parole, aussi simple soit-elle pouvait s'avérer fatale.

Tout d'abord, Brian Azzarello retranscrit très bien cette période ou tout pouvait arriver : les vies ne valent pas grand chose, les combats sont fréquents, et chaque personnage renferme une part de noirceur assez conséquente : on est dans un western sombre, très sombre, et même le personnage principal s'avère inquiétant par moments.

Le rythme du récit, quant à lui, va à l'encontre du schéma actuel propice à la décompression pour, au contraire, faire que chaque phrase, chaque action, a une importance : le récit est, de ce fait, assez dur à suivre car il nécessite une grande concentration, mais si on fait l'effort de le suivre on pourra rentrer dans l'univers si particulier, si malsain et noir de Loveless. Mais il faut bien savoir que la narration est ardue, et n'est par conséquent pas accessible à tout le monde. Néanmoins, Azzarello arrive vraiment à dépeindre une atmosphère poisseuse et sale à souhait, et on sent dans le récit une chape de plomb nous suivant tout du long : on sent que quelque chose de lourd arrive, peut nous tomber dessus à tout moment. L'ambiance du récit n'est pas loin de ce que j'ai ressenti en regardant No Country for Old Men ou encore L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford, d'où la caractérisation de Loveless comme western crépusculaire.

Sur les dessins, Marcelo Frusin est la personne qu'il fallait : d'un trait très proche d'un Eduardo Risso ou Leandro Fernandez, il sublime chaque scène de son graphisme sec : ici, chaque personnage prend la pose, chaque case est un tableau : on n'est pas loin du western-spaghetti. Sa gestion du noir et blanc renforce son trait, l'approfondit, tandis que son storytelling se veut assez classique mais, néanmoins, on ne peut plus efficace. Si on est déçu par Azzarello, on pourra toujours se réconforter avec Frusin.

En bref, un western noir et sale, relativement exigeant au niveau du scénario, servi par un dessin à tomber. Selon la manière dont vous aborderez le scénario, le récit peut passer de moyen à excellent. Je l'ai trouvé très bon.

Derniers commentaires

You are here: Vertigo Loveless t.1 - A Kin Of Homecoming
icone_rss