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Heavy Liquid

Auteur
    Paul Pope (scénario & dessin), José Villarubia (couleurs)   
Editeur (Collection)
    Dargaud
Date de parution
    Ocotbre 2007
Prix
    20.00 €
Nombre de pages
    256
Episodes VO
    Heavy Liquid #1-5

 

 

New York, futur proche. "S" est détective et accro au Heavy Liquid, une substance à la fois drogue et matériau, rarissime et semblable à du chrome. Chargé de rassembler une énorme quantité de Heavy Liquid par un riche et anonyme collectionneur d'art, "S" est poursuivi par un gang de tueurs sanguinaires. Le collectionneur lui demande également de retrouver la plus grande artiste de l'époque. Une femme que "S" a très bien connue. Elle devra faire du Heavy Liquid son chef d'œuvre. "S" est dès lors engagé dans la course la plus dangereuse de sa vie, pris en étau par son métier, et son histoire personnelle.

 

Liquide Hurlant

Heavy Liquid est une oeuvre emblématique du travail de Pope. Un futur plutôt sombre, assez sale, cohérent et (hélas) pas si éloigné que ça de notre présent, un héros beau gosse en marge de la société, des filles fragiles en apparence qui se révèlent etre des tigresses, l'ombre planante du gouvernement, des gangsters et puis la création, l'Art. Le cadre est solide et maintes fois éprouvé, c'est l'histoire d'un homme contre les autres, de la recherche d'un passé, de la fuite. Le voyage est l'occasion pour S, le héros, de se poser des questions.

Pope a l'intelligence de semer ça et là des idées qu'il se garde bien de développer. Idées fantastiques pour la plupart, ce qui confirme définitivement son statut d'auteur de science-fiction, elles sont en général sa réinterprétation de classiques du genre (pouvoir psychique, robots, etc...). Réinterprétation inventive et élégante bien sûr. Cette dissémination entretient une ambiance mystérieuse, une brume à travers laquelle on distingue des silhouettes familières. Pope met en pratique son amour pour la magie et le cirque jusque dans la composition de ses récits, les transformant en jeu de miroirs et de fumée. Les non-dits sont utilisés avec malice, surtout lorsque le récit touche à sa fin, afin de relever un peu la sauce. On a, dès lors, le choix de pardonner le relatif manque d'inventivité du scénario au profit de ce background assez riche. Il reste tout de même regrettable (voire frustrant) que Pope n'exploite pas davantage son extraordinaire pouvoir créatif faute d'un canevas plus élaboré structurellement parlant.

La composition graphique est en revanche au dessus de tout reproche. Le trait est affiné, précis et dynamique. L'ensemble bouge diaboliquement vite, sans jamais trembler ou trébucher. Pope manie le crayon comme un pinceau scalpel : il sait où aller et souligne son mouvement avec assurance et sensualité. Le résultat est souple, fluide, sans manquer de mordant. Il ménage ses effets avec précaution pour assurer le maximum d'efficacité sur les scènes d'action (poursuite en vélo ou attaque de robots), évite le tape à l'oeil tout en insufflant dans chaque case une ambiance électrique. La colorisation en gris et rose amène une touche funky et charnelle. On a devant les yeux un travail abouti, un vrai régal pour les yeux pour peu que l'on adhère au style particulier de Pope. Sa singularité reste une véritable bouffée d'air frais bien appréciable dans l'univers de la bande dessinée. A ce sujet, on ne peut s'empêcher de se demander si Pope n'a pas fait du Heavy Liquid une métaphore (inconsciente ou pas) de la BD : un matériau étrange peu connu du grand public, une drogue pour marginaux initiés, et la matière première destinée à devenir la plus grande oeuvre d'art moderne, c'est tout de même troublant...

Quoiqu'il en soit, Heavy Liquid, parmi les autres albums de Paul Pope, mérite que l'on s'y attarde, que l'on fasse l'effort de le décrypter. C'est un excellent ticket d'entrée dans la galaxie Pope, accessible sans être aseptisé.

Electric Warrior

Heavy Liquid, c'est pour moi un peu la quintessence de Paul Pope, les bon sentiments de 100% en moins. J'ai peut-être préféré 100%, mais dans son genre (et même dans l'univers de la BD en général), Heavy Liquid, c'est quand même le top du top.

Tout l'univers futuriste underground propre à l'artiste y est présent, parsemé d'une galerie de personnages hauts en couleurs, d'action, et d'autres thèmes récurrents à ce cher Pope comme la magie ou encore l'art. Les habitués du bonhomme savent donc à quoi s'attendre et ne seront pas pour autant déçus du voyage.

Heavy Liquid, c'est une course-poursuite haletante et terriblement prenante, intéressante et bardée à ras la gueule de pistes à analyser, entre S et des vilains à sa poursuite, pour un objet, mix entre du métal et de la drogue, le Heavy Liquid.

Le scénario, assez simple à première vue, demeure pourtant, comme dit plus haut, beaucoup plus dense qu'il ne parait à première vue, se lit très bien et est très rafraichissant. Les 240 pages passent comme une lettre à la poste.

Mais c'est encore une fois au niveau des dessins que Paul Pope arrache tout sur son chemin: ambiance électrique à couper au couteau, trait nerveux et souple à la fois, Paul Pope a une graphisme unique et nous fout une claque à chaque page. La narration, quant à elle, est d'une fluidité et d'une efficacité à toute épreuve. C'est beau, très beau, et suffisamment singulier pour qu'on s'y intéresse. Les couleurs en demi-teintes de Villarubia viennent en plus mettre en valeur tout cela.

En bref, pour tout fan de comics qui se respecte et un tant soit peu curieux, un livre à posséder absolument.

Yes if you wanna run cool, you got to run on heavy, heavy fuel!

Dans un futur où New-York a évolué vers une mégapole sci-fi, S, un homme accro au Heavy Liquid (cette mystérieuse substance, drogue pour certains et métal précieux pour d'autres), se trouve pris dans une étrange affaire mêlant amour, art et substances illicites…

Commençons par ce qui éclate tout d'abord aux yeux, la partie graphique ! Comme souvent chez Paul Pope, on a cette impression de course poursuite incessante avec ce rythme effréné et cette narration au taquet. Entrainant avec elles le lecteur dans un tourbillon d'information, les cases s'enchaînent à un rythme de fou furieux dans des compositions de pages souvent classiques, parfois atypiques, mais qui toujours révèlent une réelle maîtrise du storytelling dans sa globalité. Et puis, il y a bien sûr ce style de dessin si unique, nerveux et électrique, qui amène un plus indéniable aux planches. Personnages déglingués aux traits expressifs, robots insectoïdes aux formes étranges, mégapoles déshumanisées à l'immensité infinie, les cases de l'artiste regorgent de trouvailles et d'inventivité qui sont toujours mises à profit de bien belle façon. Le tout est colorisé de manière peu commune dans des tons gris/roses pales qui confèrent un côté organique et quasi-sexuel du plus bel effet à l'œuvre. Une claque visuelle qu'il fait bon se prendre en pleine face !

Le scénario, quant à lui, est simple, peut-être même simpliste. Mais ça, Paul Pope en est bien évidemment conscient. D'ailleurs, il utilise cette trame par laquelle on suit les investigations de S plus comme un prétexte propice à mettre en œuvre ses sujets de prédilections (un personnage principal marginal, des figures de femmes fortes, mais surtout la création artistique) que pour l'intérêt narratif qu'elle pourrait susciter. En effet sous couvert de cette intrigue somme toute banale, l'auteur met en avant des idées pleines d'imagination qui font souvent écho à tout un pan de la science-fiction (qu'elle soit littéraire ou cinématographique d'ailleurs). Avec une réappropriation des sujets phares du genre (les robots par exemple), Pope digère toutes ces influences pour produire un résultat inventif et avec un regard inédit. Et puis, il y a bien sur S, cet antihéros qui est à la foi traqueur (il recherche une artiste de renom qui s'est retirée de la circulation) et traqué (il est poursuivi par des gangsters qui en ont après lui). L'homme est un borderline, toujours sur le fil, et cette aventure dans laquelle il fuit un passé qui ne cesse de le rattraper va lui permettre de se remettre totalement en question. Une sorte de quête initiatique, mais pas de celles prémâchées et consensuelles que l'on trouve chez Paulo Coelho, non… Une épopée rock 'n' roll sous acide et sans compromis !

En résumé, une comic-book exigeant avec son lecteur qui, sous couvert d'un scénario-prétexte parle d'Art, de création, et de l'humain en général. Heavy Liquid ça vous prend aux tripes et ça ne vous lâche plus l'esprit… Un must-have en somme !

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