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Congo Bill

Congo Bill
Auteur(s) Scott Cunningham (scénario), Danijel Zezelj (dessin)
Editeur (collection)
Mosquito
Date de parution
Décembre 2000
Prix 10€50
Nombre de pages
96
Episodes VO Congo Bill #1-4
congo bill

L'Amérique gère et génère la violence planétaire, se rejouant en boucle Apocalypse Now. Dans ce fort récit, où le rôle du colonel Kurtz est tenu par un King Kong hybride, le voyage initiatique du héros nous expose les récentes horreurs des massacres Rwandais pour s'achever à rebours sur les sanglantes prémices de l'indépendance du Congo.

Les trésors cachés de... Vertigo !

Il est des éditeurs discrets qui se font un nom en tentant de publier l’essentiel des travaux de quelques grands auteurs. A la manière d’un Toth se focalisant sur le parcours du grand Richard Corben (allant jusqu’à publier les quelques sagas d’Hellblazer uniquement dessinées par cet illustrateur de renom), les éditions Mosquito se sont fait  connaître des amateurs de comics par leur appétence envers l’artiste underground Danijel Zezelj.

Il faut dire que le style atypique de ce dessinateur ne saurait laisser indifférent, et après plusieurs œuvres publiées dans son pays natale, la Croatie, ainsi qu’en Italie et en France, l’artiste est courtisé par les éditions Vertigo avant même ses 30 ans. On lui doit entre autre une mini-série sur le Corinthien (le fameux cauchemar vivant tiré de l’univers de Sandman de Neil Gaiman) intitulée « La Mort dans les Yeux », deux westerns crépusculaires scénarisés par Brian Azzarello (El Diablo et Loveless), quelques passages sur The Call of Duty et Captain America chez Marvel, ou encore ce Congo Bill dont nous allons à présent parler.

A la manière d’autres personnages de DC complètement revisités par le label Vertigo (citons Sandman, Animal Man ou Swamp Thing pour les plus connus), Congo Bill fut à l’origine créé en 1940, en plein Golden Age,  par Whitney Ellsworth et George Papp. Il s’agit d’un chasseur/explorateur parti au Congo et ayant reçu une bague le transformant à sa guise en gorille par une tribu africaine dont il avait acquis la reconnaissance. Les pulps étaient alors au faîte de leur popularité et le côté exotique et colonialiste de ces héros de la jungle à la Tarzan encore très apprécié. Le personnage eu même droit à un sérial d’une quinzaine d’épisodes en 1948, avant d’être tombé en désuétude et de n’être plus utilisé qu’épisodiquement dans quelques séries DC.

Bien entendu, pour sa reprise sous le label Vertigo, tout le côté pulp a été laissé de côté pour une approche beaucoup plus adulte et réaliste. Scott Cunningham nous fait suivre ici l’Afro-américain Thomas Glass, mercenaire parachuté au Congo par la CIA en compagnie d’autres individus peu fréquentables, sous les ordres d’un officier véreux. Leur mission ? Enquêter sur des massacres ayant eu lieu dans la jungle à la frontière rwandaise, qui risquent de compromettre la situation politique délicate imposée par les Etats-Unis et servant les intérêts américains (à savoir : l’argent).

Par le biais de ce soldat plein de doute et au passif douloureux qu’est Glass, Cunningham nous immerge sans mal dans ce Congo dévasté par les guerres, où la moiteur et la dangerosité de la brousse n’ont d’égal que le parfum de croyance et de mysticisme dans lequel baigne l’album. Ajoutez à cela un contexte géopolitique houleux et très intéressant que le scénariste dénonce avec conviction, et des personnages creusés et fréquemment sur la brèche, et vous aurez compris que ce Congo Bill dispose d’une densité thématique remarquable. Un brûlot sombre et désespéré qui en dit long sur la nature de l’homme, avec en plus un petit arôme fantastique bienvenue.

Il ne fallait pas moins qu’un artiste de la trempe de Zezelj pour donner corps à ce récit noir et désabusé. Le dessinateur au trait gras et appuyé retranscrit à merveille cette jungle sauvage et cette ambiance électrique à couper au couteau. Son style immédiatement reconnaissable, profond et poisseux, réaliste et épuré à la fois, est un véritable régal pour les yeux et l’absence de colorisation fait rejaillir comme il se doit  les aplats de noirs et de blancs qu’il utilise. Son découpage intelligent utilise beaucoup de possibilités du 9ème art, preuve en est les quelques scènes d’action remarquablement rythmées par l’utilisation de gouttières et d’angles de vue pertinents : un des grands artistes du moment, sans aucun doute. Dommage que le petit format des éditions Mosquito (un peu plus petit que le format comic-book de base) ne rende pas entièrement honneur à son excellent travail.

Fouiner chez les bouquinistes permet parfois de tomber sur une perle rare, ce Congo Bill en est l’évidente preuve : un récit d’aventure sombre, profond et désespéré, servi par un graphisme charbonneux hors norme. Un petit bijou, à se procurer d’urgence.

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