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Nausea

Nausea
Auteur(s) Robert Crumb
Editeur (collection)
Cornélius (Solange)
Date de parution
Octobre 2011
Prix 21€50
Nombre de pages
112
Episodes VO Divers travaux parus chez Fantagraphics
nausea

Les Klassic Komics deCrumb utilisent l'imagerie crue et brutale des comics des années 50 pour rendre la violence et le désespoir d'oeuvres littéraires qui le touchent personnellement, comme La Nausée de Sartre ou la biographie de Jelly Roll Morton. Philip K. Dick, Sartre ou Boswell, chacun d'eux représente un aspect de Crumb, qui réalise ici un passionnant autoportrait éclaté. Mais l'ironie n'est jamais loin. Les escapades sexuelles de Boswell, traitées à la façon de Hogarth, sont l'occasion de ridiculiser le décalage entre les prétentions intellectuelles de l'homme et ses pulsions charnelles. Mais c'est avec un sérieux et une compassion inattendues que Crumb reprend 16 des 238 cas de perversions sexuelles recensés par le Psychopathia serualis : Etude médico-légale à l'usage des médecins et des juristes du baron psychiatre von Krafft-Ebing. Le lecteur retrouvera aussi le Crumb érotomane avec Bad Karma, fantasme en roue libre, oscillant entre désir de puissance et haine de soi, suivi d'un hommage étonnant à Bécassine, qui entre ainsi dans le Panthéon masturbatoire de Robert Crumb.

Robert Crumb : existentialisme et roploplos

Il est assez facile de cataloguer Robert Crumb comme un des pionniers et principaux chefs de file de la mouvance hippie, ou encore comme un pseudo-artiste lubrique uniquement bon à coucher ses fantasmes sur papier. L’homme est loin de tout cela, et son œuvre prise dans son ensemble n’est rien de moins qu’un gigantesque témoignage de l’humanité de ses 50 dernières années : ses passions, ses peurs, son héritage. Et par quelque support que ce soit : autobiographie, biographie, pensées, fictions.

Depuis déjà près de 15 ans les éditions Cornélius publient une anthologie Crumb, composée d’albums thématiques d’une centaine de pages comprenant à chaque fois un rédactionnel complet et intéressant, ainsi que des histoires et illustrations de l’artiste. Et dans une édition de qualité, justifiant le tarif assez élevé d’une vingtaine d’euros quand même. On recense déjà 11 albums, dont un album reprenant les fantasmes de Crumb (Les Aventures de R. Crumb), un album sur le bestiaire hétéroclite souvent utilisé par l’auteur (Fuzzy le lapin et ses copains) ou encore un album assez préoccupant et toujours d’actualité sur les dangers guettant le monde tels que le nucléaire, les guerres, le manque de ressources (Amerika). Un peu de tout, donc. Parfois drôle, décalé, trash, parfois réflexif, informatif, parfois déprimant. Et sachant que le recueil Nausea reprend le titre du célèbre roman existentialiste de Jean-Paul Sartre, on sait qu’on ne va pas franchement s’éclater à la lecture de l’album. Il faut dire que la totalité du livre est composé d’histoires publiées dans la revue Weirdo, que Crumb créé avec sa femme au début des années 80,et où il évolue vers un style plus réaliste et sombre.

En effet, au travers de récits bibliographiques existants qu’il va illustrer, Crumb va nous faire part de sa grande fascination pour le mystique, la religion, le métaphysique, bref tous ces grands mystères et casse-têtes de l’humanité. C’est donc une facette de l’auteur qu’on ne lui connaissait pas qui va ici pleinement s’exprimer, avec par exemple l’histoire de Jelly Roll Morton, considéré comme l’inventeur du jazz et qui va se croire victime d’une malédiction vaudou jusqu’à la fin de la vie, ou encore la fameuse expérience mystique vécue par le célèbre écrivain de science-fiction Philip K. Dick, qui va passer les dix dernières années de sa vie à tenter de comprendre le phénomène. Mais au-delà du domaine de l’inexplicable, ce recueil se veut également une observation des doutes et névroses de l’être humain, en particulier quand sont illustrés des passages de la biographie de sir James Boswell, jeune mondain du XVIIIème siècle cachant ses vices sexuels sous un vernis aristocratique, ou alors quand nous sont assénés une vingtaine de cas pathologiques provenant des carnets du Dr R. Von Kraft-Ebing, scientifique du début du XXème siècle tendance voyeuriste. Au-delà de cette approche réaliste et très clinique, quelques autres récits uniquement fantasmagoriques sont de la partie, dont une version très érotique de Bécassine. Cet album est donc composé de récits très variés, le fil directeur étant cette vision neutre et sans artifice du genre humain et de toutes ses névroses. On sent d’ailleurs que Crumb, comme dans d’autres de ses travaux (Sans issue, Amerika), ne voit pas spécialement de sens à la vie et ne place aucun espoir en l’humanité. Mais ce singulier auteur cultive quand même la culture du doute, comme on peut le voir dans le début de cet album présentant des personnalités ayant eu affaire au mystique, au métaphysique.

La plupart des travaux de l’album étant assez récents (dont des planches datant de 1998), c’est à un Robert Crumb de grande qualité auquel nous avons droit au niveau du dessin. Très réaliste, expressif mais aussi nerveux et torturé, son style est à l’image de l’auteur : bourré de névrose, mal dans sa peau, perfectionniste jusqu’à l’absurde, plein de doutes... Aussi à l’aise dans de simples scènes de la vie quotidienne que dans les délires et fantasmes les plus débridés, les planches de Crumb – encore plus dans cet album – sont un réel plaisir des yeux. Le réalisme dont il fait preuve sur ses dernières œuvres et réellement à couper le souffle, et on peut vite se perdre dans l’expression d’un visage, dans un mouvement du corps ou même dans de simples yeux dessinés...

Ce Nausea de l’anthologie Crumb de Cornélius est une œuvre puissante, intransigeante mais aussi froide et très complexe à aborder et à apprécier. A réserver aux habitués de ce grand auteur underground.

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