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Daniel Clowes s'assagirait-il ?

Trois albums en seulement 13 mois, Daniel Clowes n’a pas chômé dernièrement, et les excellentes éditions Cornélius non plus. Après un Rayon de la Mort en demi-teinte où Daniel Clowes se contentait de rouler des mécaniques et un Wilson misanthrope et corrosif, c’est au tour de Mister Wonderful de garnir notre bibliothèque.

Après quinze ans de mariages qui ont mal tourné, Marshall a perdu sa femme et la plupart de ses amis qui l’ont gentiment fait cocu avec celle-ci. Bien plus tard, son seul ami restant va lui organiser un rendez-vous avec une de ses amies. Seulement, Marshall est seul depuis 6 ans, un peu loser sur les bords, et sa longue solitude l’a rendu légèrement asocial et aigri.

C’est lors de ce rendez-vous a priori banal, dans un bar on ne peut plus commun, que Marshall va refaire le point sur sa vie, puisque la demoiselle tant attendu se fait désirer. Et notre antihéros de douter de plus en plus, et de faire part de ses angoisses au lecteur. Mais la belle arrive enfin, aussi seule que lui, et une relation va naître – avec difficulté tout de même – à partir de petits riens, de morceaux de vérités, d’incompréhension parfois. Il est surprenant de voir un Daniel Clowes résolument optimiste pour une fois, ayant foi en le genre humain, qui même lorsqu’il est médiocre possède toujours une part de bonté en lui. Le scénario est admirable par sa simplicité mais surtout par sa profondeur : le monologue intérieur de Marshall, les petites histoires qu’il s’invente sous forme de cartoon, les quelques strips à part basés sur des personnages secondaires, tout est orchestré dans un but précis et rien n’ai laissé au hasard. Et même si l’auteur épingle comme à chaque fois l’individu (il faut voir le traitement réservé aux personnages secondaires), le but recherché ici est au final de sublimer la banalité dans ce récit du quotidien où le personnage pourrait être, en fin de compte, n’importe qui.

Il n’y a donc rien à redire, Clowes demeure un maître dans ce qui est de croquer et de cerner l’humain dans toute sa petitesse, même si cette fois il ne pointe pas du doigt mais compatis plutôt chaleureusement. Le format à l’italienne n’est pas utilisé par hasard, et va permettre à l’auteur de rendre palpable les émotions, et surtout de condenser le temps (l’histoire racontée ici ne se déroule que sur deux jours), de l’étirer à sa guise dans une mise en page pleine de sens : chaque objet ou personnage en arrière-plan – ou chaque absence d’arrière-plan, chaque angle de vue, chaque taille de case (cases qui prennent parfois les deux pages) tout est pensé intelligemment dans ce remarquable album ou la forme côtoie et sert le fond.

Néanmoins, et même s’il s’agit d’un excellent album, on ne peut qu’exprimer une pointe de regret devant la rapidité à laquelle celui-ci se lit (comptez grand maximum une demi-heure), mais bon, quand on aime…

Daniel Clowes continue donc dans sa lancée en cernant le genre humain au plus près sans tabou ni complaisance, et, chose assez surprenante, son côté misanthrope laisse presque place ici à un apaisement de sa part, l’auteur nous racontant finalement une histoire où tout se finit bien ! Nul doute qu’après cet apparent assagissement, Clowes nous sortira très bientôt un brûlot misanthrope comme il sait si bien les faire. En attendant, voici un album à posséder absolument pour tout les fans de Clowes, et plus largement les amateurs de bandes dessinées indépendantes.

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