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Locas vol. 1

Auteur
Jaime Hernandez
Editeur (Collection)
Seuil
Date de parution
Novembre 2005
Prix
19€
Nombre de pages
352
Episodes VO
Locas : The Maggie and Hoppey Stories

Locas retrace la vie de Hopey et Maggie, leurs amours, leurs problèmes, leur détresse et leur joie. Maggie Choscarillo est une jeune Californienne d'origine mexicaine rôdant dans la scène rock du début des années 1980, au moment où l'explosion punk vient de lancer son assaut virulent et primitif contre les tours d'ivoire des dinosaures du rock. Adolescente, Maggie se trouve attirée par l'anarchie, l'énergie et l'idéalisme de la scène punk hardcore. Elle y rencontre Hopey Glass, une punkette téméraire et insolente. Hopey est une présence turbulente mais constante dans la vie de Maggie, combinant paradoxalement des convictions morales en béton armé et un tempérament irascible. L'amitié qui les lie est volcanique mais indéfectible.

Rhââââ Lovely

Les deux tomes de Locas parus chez les éditions du Seuil regroupent la totalité de l’œuvre de Jaime Hernandez parue à l’origine dans les 50 numéros du magazine culte Love & Rockets, entre 1982 et 1996. Jaime va, par la suite, reprendre ses attachants personnages, principalement Penny Century, au début des années 2000, dont les débuts ont été repris chez Delcourt dans sa nouvelle collection Outsider sous le titre « Locas – Elles ne pensent qu’à ça ».

C’est donc le tout début de cette grande fresque humaine universelle que nous avons entre les mains. Nous faisons rapidement la connaissance de Hopey et Maggie, deux adolescentes fusionnelles et extraverties formant un parfait petit couple, ainsi que de toute leur bande d’amis, de la copine sombre, étrange et mélancolique Izzy à son inverse pleine de fraicheur et de bonne humeur Penny Century. Notre joyeuse farandole rôde sur la scène rock du début des 80s, là où l’émergence du punk hardcore explose, remplie d’une exubérance anarchique aussi idéaliste qu’insouciante. Jaime Hernandez construit tout son petit monde, nous plonge jusqu’au cou dans cette atmosphère punk qui laisse néanmoins parfois place à une ambiance latino, un peu à la Palomar de l’autre grand du trio Hernandez, Gilbert. En effet, Maggie est d’origine mexicaine et la ville où rôdent nos joyeux lurons est située près de la frontière avec le Mexique.

Faisant succéder des histoires de quelques pages à de longues aventures, Jaime structure ses histoires comme il l’entend, et le moins que l’on puisse dire est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre dans Locas : nos « héros » peuvent être délaissés pour s’intéresser de près à un personnage secondaire, ils peuvent également vivre chacun de leurs côtés, à un millier de kilomètres, pendant un long tiers de l’album, et Jaime s’autorise fréquemment des retours dans le temps, ou des éclaircissements sur des histoires passées. Néanmoins, tout au long de l’album, un fil conducteur est bel et bien présent, et rien n’est décousu, tout se tient. Jaime a mis en place un univers extrêmement cohérent et surtout complètement unique : Locas cumule en effet de la « pro-méchanic », du catch féminin, des multimilliardaires à deux cornes et des punkettes à gogo, quand on vous dit que c’est unique ! Et pourtant, ça coule de source. Rien ne choque, tout est cohérent, tant Jaime Hernandez arrive à surfer sur le délicat fil du réalisme et de la cohérence, sans jamais tomber dans l’excès ni dans le grotesque.

C’est bien joli tout ça, mais ça parle de quoi Locas ? D’amour. De relations, de passions, de prise de tête, d’engueulades, de confrontations, de retrouvailles. De tensions aussi, de violence parfois. Entre la fragile Maggie et l’impétueuse Hopey, d’une part, mais surtout entre la trentaine de personnages qui gravitent autour. Jaime Hernandez n’a pas son pareil pour distiller une aussi large gamme d’émotions, une palette de sentiments aussi juste et imposante. Et l’évolution de chaque personnage tout au long du récit est passionnante, et bien loin des standards habituels. Vous avez déjà vu, dans une bande-dessinée, un personnage féminin qui ne cesse de prendre des rondeurs tout du long ? Et bien, c’est le cas de Maggie. Un récit qui nous fait nous prendre d’affection pour chacun des personnages qui le compose.

Et les dessins. Ah, les dessins. Déjà, les visages féminins sont magnifiques, on pourrait s’arrêter sur chacun d’eux. Jaime sait retranscrire toute les émotions possibles juste avec quelques traits. D’un trait limpide et efficace, Jaime maîtrise totalement la narration de son récit et son dessin ne souffre de strictement aucun défaut. Là encore, tout y est le plus juste possible, dans un noir et blanc somptueux : les décors, les expressions, les positions, les compositions de cases… Jaime est un grand, grand monsieur.

En bref, un recueil d’une rare maestria. Comment ne pas se prendre d’affection pour nos deux petites punkettes Hopey et Maggie ? Comment ne pas tomber sous le charme de ce récit unique, considéré à juste titre comme un chef d’œuvre de la bande dessinée et dont les répercussions sur le médium ont été d’une si grande importance ? Il est quasiment impossible de faire passer par écrit tout ce qu’on peut ressentir en lisant cette œuvre aussi riche que profonde même si j’aurais essayé, alors juste deux mots : Courrez-y.

 

Follement attachantes

Locas, c'est une formidable immersion dans l'univers déjanté de Jaime Hernandez le grand frère de la fratrie aux manettes de Love & Rockets. Au travers de dizaines de récits plus ou moins longs publiés pendant une quinzaine d'annéee dans les pages de cette revue, il a apporté quelque chose de vraiment novateur au comics américain et plus généralement à la bande dessinée.

Les deux "héroïnes" principales de ce récit sont Maggie et Hopey, deux petites punkettes latinos qui évoluent dans une petite bourgade du sud des États-Unis peuplée d'habitants aussi bigarrées qu'elles le sont... On y trouve Izzy, la dépressive chronique qui a toujours la clope au bec, Esther, la petite lolita qui déclenche des événements qui la dépasse, les catcheuses Vicky (la tante de Maggie) et son éternelle rivale Rena, et même des garçons : le beau Randall Race ou encore Speedy Ortiz, l'ami (et peut-être plus...)

La première chose qui marque quand on commence ces histoires, c'est l'énergie tonitruante qui transpire de ces cases. Il n'est pas question ici de super-héros (quoique...) et autres histoires de suspense, c'est à la vie d'une communauté et plus particulièrement de nos deux héroïnes bi-sexuelles que l'on s'intéresse. Il n'en demeure pas moins que le pouvoir de narration d'Hernandez présente une double efficacité rare en la manière : nous tenir en haleine tout en approfondissant la psychologie d'une gamme de personnages auxquels on s'attache à une rapidité déconcertante.

Il est particulièrement intéressant de noter que, comme dans le Palomar City de son frère (également paru aux éditions du Seuil), ce sont les femmes qui tiennent la barre de cette communauté latino. Craintes et respectées des hommes, elles sont même là où on ne les attend pas : Maggie est une des toutes meilleures mechanic, ce sont les exploits de catch de Rena et Vicky qui nous sont offerts, les catcheurs ayant un rôle de figuration, etc. Un point de vue qui s'apparente peut-être à un message militant quand, dans les années 80 et 90, la communauté latino des Etats-Unis est stigmatisée par la violence.

S'il n'y avait qu'une chose à regretter ce serait certainement la rapidité avec laquelle Jaime fait évoluer le style vestimentaire et la coiffure de ses personnages. S'il s'affranchit là de l'un des codes du médium, il n'en demeure pas moins que l'utilité de ce code tient à ce que le lecteur ne se demande pas entre deux histoires si c'est bien le même personnage. Il n'est pas aidé en cela par les diminutifs et autres surnoms que se donnent les personnages, qui eux aussi évoluent au fil de l'histoire et de leurs interlocuteurs. A cet égard, la présente critique a été réalisée après une deuxième lecture du volume 1 (avant d'aborder le volume 2 acquis récemment) qui s'est avérée extrêmement plaisante, la surprise de la nouveauté s'étant trouvée compensée par le gain en lisibilité provenant d'une meilleure connaissance des personnages.

En résumé, Locas est un réel monument du comics, d'une modernité encore frappante aujourd'hui et d'un réel pouvoir de séduction pour le lecteur. Maggie et Hopey n'y sont pas pour rien.

 

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