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Eightball

Auteur
   Dan Clowes 
Editeur (Collection)
   Cornélius (Pierre) 
Date de parution
   Février 2009
Prix
   20.00 €
Nombre de pages
   130
Episodes VO
   Eightball

 


En 1989 le jeune Daniel Clowes crache sa frustration au visage de l’Amé¬rique conformiste en une série de « krazy komics », publiés dans les pages de son magazine « Eightball » entre les épisodes de « Comme un gant de velours » pris dans la fonte ou « Ghost World ». La trentaine de courtes histoires rassemblées ici sous le titre « Twentieh Century Eightball » témoigne de la versatilité d’un artiste qui passe de la satire sociale à la blague de potache, de l’anecdote absurde à l’étude psychologique, en s’offrant, au passage, le luxe de détourner l’imagerie et les codes des comics. La satire est réjouissante, renversant pêle-mêle intellectuels et sportifs, artistes et prolos, chrétiens et satanistes, hippies et puritains.


ça tire tout azimut !

Œuvre de jeunesse de Dan Clowes (qui n'est pas bien vieux), ce volume est en fait un recueil d'historiettes publiées dans le magazine Eightball. Magazine qui tire son nom de la fameuse boule noire n° 8 commercialisée par Mattel au sortir de la guerre, le gadget répondant par des "oui","non" ou encore "peut-être" à des questions qu'on lui pose. Ce gadget symbolise ici la culture de masse et une sorte de pensée unique à laquelle Dan Clowes va s'attaquer par tous les moyens, critiquant à tout va la société. Et là, tout le monde y passe : hippies, religieux, satanistes, puritains, scientifiques, etc... Mieux, il ne s'oublie pas au passage, se donnant finalement des rôles jamais beaucoup plus envieux que ceux des archétypes qu'il assassine.

Si le thème n'est pas des plus original et le procédé semble vieilli près de 20 ans après la publication du premier numéro d'Eightball, il n'en demeure pas moins que ces histoires courtes sont l'occasion pour Dan Clowes de nous étaler son génie graphique dans un genre (l'histoire courte) des plus compliqués. Mais entre passages autobiographiques (son aventure à l'école des beaux-arts respire indéniablement le vécu) et pages de délire jubilatoire, le lecteur est comblé.

Un ouvrage pour apprécier davantage Dan Clowes si l'on vient de découvrir Ghost World et David Boring, nettement moins exigeant que Comme un gant de velours pris dans la fonte.

Je vous déteste du fond du Coeur

Eightball est, à la base, le périodique de Dan Clowes dans lequel il a publié toutes ses grandes œuvres, parmi lesquelles Comme un Gant de Velours pris dans la Fonte, David Boring, Ghost World ou encore Ice Haven. Seulement, le périodique comprenait également des histoires courtes, dont cet album sorti récemment chez Cornélius en reprend une bonne partie. Toutes font entre 1 et 4, 5 pages au maximum, et l'ensemble a entre 10 et 15 ans. Mais ça n'a pas vraiment vieilli (sauf en ce sens que la bande dessinée indépendante n'est pas aussi marginale qu'auparavant).

Eightball regroupe donc des petits travaux du jeune Dan Clowes, des travaux très cyniques, corrosifs (il font penser, par exemple, aux fausses petites annonces de Chris Ware dans ses ACME - d'ailleurs je soupçonne Ware de s'être grandement inspiré de Clowes sur le coup, même s'ils ont une sensibilité commune), qui critiquent et analysent tout et n'importe quoi : les différents archétypes humains que Clowes ne supporte pas, la dimension sexuelle (oedipienne, freudienne et tout ce qui s'ensuit) des sports, Clowes s'amuse à inventer la vie de personnes rien qu'en les regardant, il nous emmène ensuite dans un récit surréaliste à la Comme un Gant de Velours... L'album comprenant une trentaine d'historiettes, il y a vraiment de quoi faire et peu de récits se ressemblent. Et Clowes de s'affirmer là comme un véritable génie de la nature humaine, analysant précisément tous nos travers, nos défauts, dans ce pavé qui n'a pas une once de compassion pour l'Homme. Et tout le monde en prend pour son grade : autant les "habitués" (la religion, l'armée, la politique) que les artistes, les personnes cultivées ou même le lecteur. A bien y regarder, Clowes déteste tout le monde sauf lui. C'est cruel, désespéré, fou, affreusement drôle et triste à la fois. Clowes est définitivement un maître dans ce qui est de l'humour subtil et cruel et surtout dans l'art d'examiner nos faces d'ombres avec une ironie et une distanciation tordantes.

Sur les dessins, comme à ses débuts (l'album Pussey est là pour nous le rappeler), Clowes utilise un trait très nerveux, avec des visages expressifs et très marqués, mais peut parfois changer de style pour s'adapter aux circonstances, en utilisant parfois un dessin beaucoup plus souple. Reste donc un auteur qui maîtrise très bien la narration mais dont le dessin si atypique ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, j'adore, tout simplement. Il arrive à représenter tout ce qu'il faut comme il faut, et ce sans esbroufe.

En bref, des travaux de Clowes très corrosifs, hilarants si on adhère à l'humour, très réussis pour des débuts malgré une propension à vouloir tout critiquer et choquer, mais faite de façon très intelligente. Pour les fanas de comics indé, c'est un must have tout simplement. Enorme.

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