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Bottomless Belly Button

Auteur
  Dash Shaw
Editeur (Collection)
  Ça et Là
Date de parution
  2008
Prix
  30€
Nombre de pages
  720
Episodes VO
  Bottomless Belly Button one-shot  

 



Après quelques 40 années de vie commune, Maggie et David Loony choquent leurs trois enfants en leur annonçant qu’ils se préparent à divorcer. Leur explication est des plus simples : « nous ne nous aimons plus ». Cette annonce lance une réunion de famille de 6 jours dans la maison proche de la mer (et peut-être hantée) de Maggie et David.
Le fils aîné, Dennis qui n’accepte pas la décision de ses parents est également confronté à ses propres problèmes de couple. Claire, la cadette, élève seule sa fille de 16 ans et semble ne pas réagir au divorce. Enfin, Peter, le benjamin de la famille, un aspirant réalisateur paralysé par ses angoisses, se lance dans une aventure romantique avec une mystérieuse monitrice de colonie de vacance.

There are different types of sand...

720 pages, trois parties, une heure de lecture pour chacune d'entre elles selon les recommandations de Dash Shaw. Je n'ai pas vu le temps passer mais je sais que j'ai dû me faire violence pour ne pas lire ce livre d'une traite. 720 pages qui s'enchaînent avec une facilité déconcertante, ce pavé (ce "mille feuilles" pourrait on dire) est tout sauf indigeste.

Shaw fait preuve d'une maîtrise instinctive du langage bd assez exceptionnelle. Car c'est bien un coup de génie que de remplacer les classiques onomatopées par des mots pour décrire des gestes anodins mais tellement essentiels pour l'ambiance. Ainsi on "voit" (ou plutôt on lit) par exemple une main plisser une nappe pour traduire la gêne et l'inconfort du personnage. Coup de génie car transférer ces descriptions au langage écrit permet de ne pas s'encombrer d'un dessin réaliste ultra détaillé et de conserver la fluidité et l'élasticité de ce trait cartoon qui fait passer bien des émotions. Beaucoup d'auteurs savent exploiter les non dits, Shaw innove en la matière en comblant ce qui pourrait être des silences par des détails réels mais difficilement représentables (la poussière qui apparaît dans un rayon de lumière). Comme lorsqu'on tourne son regard vers un objet pour échapper à la gêne d'une conversation ou d'une situation, ces représentations, presque absurdes tant elles occupent de surface sur la case, traduisent à merveille l'absence et le vide. Autre petite prouesse, cette succession de pages d'une seule case avec une utilisation très pertinente de la taille de la case et du "blanc" qui l'entoure. L'effet n'est pas tape à l'oeil mais bien perceptible et sert le propos (la scène est dramatique, le procédé contribue à accentuer la tension et le sentiment d'impuissance du personnage). Oui, Dash Shaw sait bel et bien faire de la BD.

Et, loin de toute considération technique, Bottomless Belly Button est une lecture de qualité. Le portrait de famille est réussi et original avec une large part consacrée à l'adolescence (Peter et Jill, chacun à un stade bien distinct de cette période) sans oublier le poids de la maternité (et de la paternité).

Les Loony ne sont en définitive pas pires que la moyenne, c'est une famille avec ses dysfonctionnements, ses interactions et ses secrets. Shaw évite le piège du cynisme facile et de la cruauté injustifiée, il donne une légitimité à chacun de ses personnages, n'impose pas un message ou une morale, il offre une tranche de vie sur 720 pages avec une humilité et une élégance rares.  C'est un bonheur à lire et c'est à mettre entre toutes les mains (sauf celles des enfants bien sûr, comme précisé sur la couverture).

I'm an inny and you're an outie - we fit together.

Voici plus de quarante ans que les Loony sont mariés. Quarante années bien remplies, avec leurs trois enfants Denis, Claire et Peter qui ont maintenant bien grandi. Seulement voilà, malgré tout ce temps passé ensemble, les Loony ont décidé de divorcer, car ils ne s'aiment plus, tout simplement… Après cette annonce fracassante, toute la smala se réunit dans la demeure familiale en bord de mer. Et l'ainé, Denis, n'arrive vraiment pas à accepter la décision de ses parents…

Ca commence tout simplement, par quelques cases presque anodines représentant l'atterrissage d'un avion. Puis l'on bifurque sur un exposé des différentes sortes de sables. Pour finalement nous présenter les Loony, une famille ''moyenne''. David le patriarche, Maggie sa femme, Denis l'ainé marié à Aki et père du petit Alex, sa sœur Claire, divorcée et mère de Jill, une jeune ado, puis finalement Peter le ''petit dernier'' qui ne veut pas grandir malgré ses 26 ans. Tout doucement et simplement, Dash Shaw nous met en contact avec ces gens d'une ''normalité'' affligeante et par lesquels le lecteur pourra sans doute retrouver un peu de lui dans chacun d'eux. Cette facilité avec laquelle l'auteur crée de l'empathie pour ses personnages est vraiment incroyable, presque déconcertante. On pense à des romans tels que Mon Chien Stupide de John Fante (à conseiller vivement, au passage…) qui, bien que n'ayant pas un grand rapport scénaristique avec ce Bottomless Belly Button, ont la même capacité à embarquer le public dans la vie anodine du commun des mortels. Fantastique également comment Dash Shaw traite de sujets quotidiens sans pour autant tomber dans les poncifs ou les clichés. L'adolescence, avec Jill qui n'est pas encore devenue une jeune femme… Les problèmes de couples qu'on ne veut pas voir, avec Denis et Aki… Les familles monoparentales, avec Claire qui éduque sa fille seule… Le jeune homme qui refuse le passage à l'âge adulte, avec Peter… L'amour qui se tarit et devient une habitude, avec Maggie et David… La paternité à différents moments de la vie avec David-Peter et Peter-Alex… Sans esbroufe, sans cynisme, sans même pointer du doigt ou juger ses protagonistes, Shaw propose un point de vue totalement neutre sur tout ce petit monde qui force implicitement le lecteur à y réfléchir et peut-être se remettre en question suivant son rapport à l'histoire.

Pour appuyer ce regard porté sur cette famille, l'artiste use de son trait cartonny auquel on s'attache très vite. Avec ces ''simples'' bonshommes quelque peu disgracieux, mais de loin pas dénués de caractère, Dash Shaw fait ressortir toute l'humanité et la vérité de ses personnages, sans pour autant avoir besoin d'utiliser un style réaliste. Sachant très bien gérer le rythme de narration, l'illustrateur utilise les entre-cases et autres espaces blancs comme des pauses en musique qui viennent, selon les besoins de l'histoire, amplifier et exacerber la tension émotionnelle. Une musicalité évidente, également appuyée par l'utilisation extraordinaire de mots en forme d'onomatopées pour recréer l'ambiance sonore, les gestes de tous les jours, mais aussi l'atmosphère générale qui règne entre les différents intervenants lors d'une scénette ou même au détour d'une simple case. Une idée de génie !

Ce pavé de 720 pages se dévore littéralement (bien que, pour l'apprécier, il faille suivre les recommandations de l'auteur et le lire en 3 étapes) ! Et au final, Bottomless Belly Button se révèle être un must-have qu'on conseillera sans hésiter à tout un chacun, même les non-amateurs de BD. (Mais peut-être pas les enfants, parce que c'est marqué sur la couv' et que c'est m'sieur Shaw qui le dit…)

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