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Toxic

Toxic
Auteur(s) Charles Burns
Editeur (collection)
Cornélius (Solange)
Date de parution
Octobre 2010
Prix 21€
Nombre de pages
56
Episodes VO X'ed Out
toxic

La pénombre. Une houpette apparaît. Un jeune homme dans son lit, un pansement sur la tempe. Doug se lève et suit son chat noir, Inky - pourtant mort depuis des années - et se laisse entraîner de l’autre côté du miroir.

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Doug reprend doucement conscience… Il se trouve dans un lit, entouré de murs de briques miteux. Sur l’un de ceux-ci, un trou béant. Et son chat de s’y engouffrer. Mais la petite boule de poil n’était-elle pas morte ? Doug décide néanmoins de la suivre et se retrouve plongé dans un autre monde, une petite ville saharienne peuplée de personnages plus ou moins humains. Puis Doug se réveille à nouveau. Son esprit commence à ressasser d’anciens souvenirs, un père peu présent et dédaigneux, un concert tendance punk underground, et surtout cette fille omniprésente… On va alors essayer de suivre le fil en raccrochant les morceaux, en faisant le tri entre les faits et les rêves, plongé dans les méandres de l’esprit torturé de Doug.

Dire que Toxic nous embarque très loin est un doux euphémisme. Charles Burns, par le biais du jeune adulte Doug, nous plonge dans ses visions tourmentées, obsessionnelles, où une désagréable sensation d’insécurité règne constamment. Les souvenirs évanescents de Doug rendent palpable ce fameux sentiment de mal-être propre à l’adolescence dans ce récit déstructuré, hors du temps et trempant dans le bizarre. Burns reprend encore son thème fétiche qu’est le passage à l’âge adulte et tous les désagréments s’y rapportant (on pense à Black Hole, à Big Baby) par le biais d’un monde fantasmagorique et organique pour le moins inquiétant (El Borbah, Fleur de peau) ressemblant par moment étrangement à Tintin, encore un mystère de plus. Le récit fait immédiatement penser à des auteurs comme David Lynch (tendance Eraserhead) ou David Cronenberg tant le malaise s’empare des planches, renforcé par ce scénario où on a du mal à trouver des repère. Mais ça et là des indices apparaissent, des probables pistes d’éclaircissement viennent à notre connaissance, l’intérêt augmente au fil des pages jusqu’à la conclusion abrupte du récit qui nous plonge dans une profonde frustration. Eh oui, 58 pages ça passe très vite, d’autant plus quand on vit littéralement l’album au lieu de le lire. L’attente de la seconde partie se fait donc très pressante, d’autant que les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place !

Néanmoins, cette « expérience » Toxic ne serait pas la même sans les illustrations si précises de Charles Burns, qui reste l’un des auteurs les plus talentueux de sa génération. Ligne claire mais très profonde (« quand tu regardes l’abîme… »), l’auteur joue du blanc et du noir avec savoir-faire et nous dérange sans mal avec ses visions psychédéliques sorties tout droit du côté sombre de notre inconscient. La narration n’est plus un souci chez cet auteur complet qui s’avère encore une fois très précis, s’essayant même à des expérimentations réussies. Mais à la différence de ses précédents récits, Burns se frotte ici à la colorisation : un essai réussi, tant les aplats de couleurs pastels et sobres choisis avec justesse apportent une richesse non négligeable au graphisme de l’album.

En somme, du très grand indépendant, à réserver malgré tout au lecteur averti qui voudra bien s’engouffrer dans cette expérience troublante, singulière et surtout très intéressante (rendant l’attente du second tome assez insupportable). Mais s’il s’agit de découvrir l’univers si particulier de Charles Burns, autant opter pour son chef d’œuvre Black Hole.

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