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La Ruche

La Ruche
Auteur(s) Charles Burns
Editeur (collection)
Cornélius (Solange)
Date de parution
Octobre 2012
Prix 21€50
Nombre de pages
56
Episodes VO The Hive
la ruche

Beaucoup de choses se sont passées depuis la dernière fois qu'on a vu Doug, le héros de Toxic. Alors qu'il se confesse sur son passé à une femme dont on ne connaît pas le nom, Doug se bat pour se souvenir du mystérieux incident qui a changé sa vie et qui pourrait bien être liéà son ancienne petite copine, Sarah, et à son ex, dont on ignore le nom mais dont la présence fait froid dans le dos. Doug va chercheer des réponses dans un monde alternatif cauchemardesque, où il est un petit employé d'entretien, nettoyant les couloirs crasseux de la Ruche, tentant d'ignorer les cris et lisant des bandes dessinées à l'eau de rose aux gestatrices... Mais alors que l'histoire se dévoile page après page, case après case, les souvenirs ressurgissent et le ramènent à la réalité. C'est à ce moment là que le véritable cauchemar commence...

Le nouveau Burns est arrivé !

La Ruche étant la suite directe de Toxic, il est vivement conseillé de relire ce dernier avant d’entamer la lecture de ce nouvel opus sorti tout droit de l’esprit torturé de Charles Burns. L’auteur nous racontait, par une narration labyrinthique, une étape décisive dans la vie du jeune Doug, ado mal dans sa peau qui va faire une étrange rencontre dans une sordide salle de concert underground et vivre ses premiers émois amoureux. On devine seulement que quelque chose de franchement traumatisant s’est passé à un moment, et c’est au lecteur ensuite de faire le tri dans les morceaux de vies racontés, dans les souvenirs, dans les fantasmes, dans les rêves – plus ou moins psychédéliques – dont est jonché l’album.

La Ruche suit peu ou prou la même trame que Toxic puisque là encore la narration de Burns se veut éclatée, et des indices nous sont livrés çà et là. Bon, il faut avouer qu’autant ce dernier était très intrigant puisqu’on nageait dans un flou total et que les quelques pistes livrées titillaient sérieusement notre imagination, autant dans La Ruche on commence à réellement recoller les morceaux et l’histoire en question semble se révéler assez banale... A suivre au prochain numéro, néanmoins. Et puis le mystère n’est pas tant ce qui fait le style de Burns, mais plutôt cette photographie pertinente du passage de l’adolescence à l’âge adulte et la sensation de mal-être l’accompagnant. Et en ce sens les histoires de Burns se révèlent vraiment très profondes, nous immergeant dans l’esprit torturé – souvent ailleurs – de Doug et dans sa vie : en particulier sa relation très distante avec son père, les connaissances qu’il se fera et surtout Sarah avec qui il vivra une histoire d’amour fusionnelle. Mais du Burns, c’est aussi cette sensation de nager dans le bizarre, dans l’étrange, dans des mondes fantasmagoriques où les troubles des personnages sont autant de difformités et autres maladies apparaissant sur leurs corps. Et là aussi le pari est réussi, puisque Burns va parsemer son récit de planches provenant d’une bande-dessinée « à la Tintin », sorte de rêve éveillé où un jeune va gagner sa vie en tant qu’ouvrier dans une usine très particulière (la fameuse « Ruche »), pleine d’employés sauriens. Le tout se passe dans un désert africain, et l’ambiance très psychédélique n’est pas sans rappeler le fameux roman Le Festin Nu de William Burroughs. En toute logique, le lien est vite fait également avec des réalisateurs où la chair et le bizarre prennent une place bien particulière, comme David Cronenberg ou encore Paul Verhoeven. Et sachant qu’on trouve également quelques morceaux d’une bande dessinée dans cette histoire dans l’histoire, cette « Ruche » livre vraiment une belle matière à réflexions.

Et si seulement il n’y avait « que » ça, on serait déjà conquis, même si Burns ne se renouvelle pas énormément depuis ses débuts. En tout cas, les quelques déçus par le manque de surprise de l’album ne pourront qu’être enthousiastes devant la partie graphique tout bonnement exceptionnelle. De son trait profond d’une souplesse, d’une précision et d’une pureté remarquable, l’artiste arrive autant à dessiner de magnifiques personnages (les visages sont d’une perfection incroyable – rappelant les œuvres de Roy Lichtenstein) que des freaks assez repoussants, et puis ses univers souvent surréalistes sont quasiment palpables... Son usage du noir et du blanc est parfaitement dosé et équilibré, tout comme l’utilisation très intelligente de la couleur par des aplats pastel (une nouveauté depuis Toxic). Bref, Charles Burns reste ni plus ni moins qu’un des illustrateurs les plus talentueux et accompli du moment !

Il est vrai que Charles Burns ne se renouvelle pas. Il n’empêche que lire un de ses livres reste à chaque fois une expérience unique, sensitive, troublante et visuellement inoubliable. Néanmoins, pour les néophytes, mieux vaut se procurer Black Hole plutôt que de découvrir l’artiste avec Toxic ou La Ruche.

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