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George Sprott, 1894-1975

George Sprott, 1894-1975
Auteur(s) Seth
Editeur (collection)
Delcourt (Outsider)
Date de parution
Novembre 2009
Prix 34€95
Nombre de pages
98
Episodes VO George Sprott, 1894-1975
george sprott

George Sprott est un présentateur fictif d'une chaîne de télévision canadienne locale. Son émission consiste en des reportages désuets d'explorations arctiques. Mais qui est vraiment George Sprott ? Un oncle aimant ou bien un père absent ? Un collègue attentionné ou bien un égocentrique infidèle ? Un professionel du petit écran ou bien un escroc à la petite semaine ?

Citizen Sprott

George Sprott, né de bonne famille et ayant reçu une éduction stricte, a effectué quelques expéditions en Arctique dès sa trentième année et en a profité pour y tourner des reportages. Personnage singulier qui bénéficie d’une relative célébrité, il passera le restant de sa vie à effectuer des conférences et à animer une émission sur CKCK, une chaîne télévisée locale canadienne.

Présenté dans une magnifique édition de taille plutôt imposante (36 * 29 cm, autrement dit ça ne rentrera pas dans votre bibliothèque), avec couverture aux titres glacés et papier de qualité, l’album s’ouvre dès le début sur l’annonce de la mort de George Sprott. Le reste se compose de petites scénettes d’une à quatre pages : témoignages de personnes ayant gravitées autour de George, flash-backs et autres compléments d’information présentés par un narrateur omniscient (et quelque peu sénile).

George Sprott est donc un remarquable essai, dans la continuité des travaux précédents de Seth, sur le temps qui passe. Le temps qui file, les souvenirs qui nous en restent, les regrets, la grande solitude qu’est la vie. En étayant son album de témoignages divers à la Citizen Kane, Seth veut nous faire prendre conscience également, par ce travail sur la mémoire, que la compréhension d’une personne dans sa globalité est impossible : chacun en a une vision différente, et au final lors de sa disparition il ne nous reste plus que de celle-ci quelques effets personnels, des photos, et surtout des témoignages différents, des souvenirs qui s’effilochent avec le temps. Le personnage de George Sprott, tour à tour solitaire ou chaleureux, aimant ou véritable salaud, travailleur ou pantouflard selon les visions, ne déroge pas à la règle.

Un doux et triste parfum d’amertume et de mélancolie flotte tout au long de cet album assez ardu à appréhender, du fait de sa longueur (ne vous fiez pas au nombre de pages) et de son apparente répétition. Et pourtant, tout est orchestré de main de maître par un Seth qui transforme l’essai Wimbledon Green avec brio. Chaque case, chaque mot à son importance, et c’est bien tous les éléments de la vie (ou des souvenirs de la vie) de l’original George Sprott qui nous sont livrés dans ce pavé, sans les clés bien entendu.

Dommage néanmoins que Seth reste toujours sur les mêmes thèmes et préoccupations depuis son chef d’œuvre La Vie est belle malgré tout. Mais n’est-ce pas là la marque d’un réel auteur ? Auteur complet qui plus est, car ce George Sprott est une merveille graphique. Trait rond et épuré, le style très élégant de Seth est mis en relief par des aplats de couleurs vintage donnant un cachet « ancien » à l’œuvre. Et ses compositions de planches et le lettrage lorgnent de plus en plus vers la sophistication d’un Chris Ware, dont on sent l’influence de plus en plus prégnante chez l’auteur canadien.

En somme, ce George Sprott est un vrai petit bijou, une réflexion profonde et pleine d’amertume sur le temps qui passe et les souvenirs qui nous en restent, servie par un graphisme limpide d’une beauté indécente et intemporelle. Un album très exigeant, à ne pas mettre entre toutes les mains néanmoins : si vous n’avez pas accroché à Wimbledon Green, inutile de retenter le coup.

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