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Le Complot

Histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion
Auteur(s) Will Eisner
Editeur (collection)
Grasset
Date de parution
2005
Prix 19€
Nombre de pages
148
Episodes VO The Plot: The Secret Story of the Protocols of the Elders of Zion (W.W. Norton & Company)
Le-complot

Comment un texte inventé de toutes pièces peut-il circuler depuis cent ans et provoquer des revirements politiques fracassants ? Will Eisner retrace avec génie toute l'histoire de ce faux " complot juif " monté au début du XXe siècle pour attiser l'antisémitisme régnant en Europe et en Russie : les Protocoles des Sages de Sion justifient les pires intentions, et leur diffusion connaît un succès retentissant avant et pendant la Première Guerre mondiale. Un journaliste britannique du Times découvre la supercherie en 1921 : les Protocoles sont une copie presque conforme d'un obscur traité anti-bonapartiste, les Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, écrit par un dissident
français en exil. Les " auteurs " des Protocoles n'ont eu qu'à remplacer les bonapartistes par les Juifs et le mot " France " par " le monde "... On connaît donc la vérité mais rien n'y fait : les Protocoles sont utilisés par Hitler, le Ku Klux Klan et trouvent encore aujourd'hui des millions de lecteurs dans les pays arabes.

Le Maus de Will Eisner

Le grand Will Eisner, dans cet ouvrage, entreprend un pari risqué : celui de faire connaître au plus grand nombre, par le biais d’une « simple » bande dessinée, l’histoire du plus grand faux de l’histoire de l’humanité, qui a alimenté – et qui alimente toujours – l’antisémitisme depuis plus d’un siècle : les Protocoles des Sages de Sion.

A la base simple pamphlet contestataire envers Napoleon III comprenant un dialogue fictif entre Machiavel et Montesquieu, puis repris par un faussaire russe lors d’une commande destinée à calmer les ambitions libéralistes du tsar Nicolas II, le faux document fut rapidement modifié comme étant une liste (les « Protocoles ») rédigée lors d’un « congrès de riches juifs influents destiné à régenter le Monde », et cela dans le seul but d’alimenter la haine anti-juive. Le document circula de pays en pays, et fit beaucoup parlé de lui au début du XXème siècle jusqu’à sa consécration : la une du Times. Bien que ce respectable journal fut le premier à déceler la supercherie et à la révéler au grand jour en 1921, le mal était là, et les Protocoles furent profondément ancrés dans l’inconscient collectif malgré toutes les preuves et analyses irréfutables prouvant qu’il s’agit bel et bien d’un faux document.

Cité dans Mein Kampf, les Protocoles jouèrent un rôle sensible dans l’antisémitisme qui régnait pendant l’entre-deux-guerres, et continue encore aujourd’hui à être tristement utilisé par des extrémistes religieux de toute sorte.

Comme le but clairement affiché par Eisner est bien de rendre accessible à la masse l’histoire des Protocoles, inutile d’espérer là une analyse fouillée du sujet. Eisner ne s’en tient qu’aux faits, et les assènent linéairement sans réellement se préoccuper de faire un tout des différentes parties que composent l’album. Malgré tout, l’album n’en reste pas moins très complexe, mais cette complexité est contrecarrée par la simplicité de la narration d’Eisner, qui nous facilite le travail grâce à un scénario limpide qui cache l’énorme travail de documentation que l’album a nécessité. L’histoire de ce faux est donc particulièrement bien racontée, et Eisner arrive à nous faire appréhender sans mal les enjeux et contextes des pays et des époques en question, si bien que suivre cette histoire singulière et effrayante se révèle réellement passionnante.

Parler de l’intérêt graphique d’un album de Will Eisner ne peut que s’avérer redondant tant celui-ci s’élève tel un roi au sommet de sa montagne dès qu’il est question d’art séquentiel. Que ce soit les personnages mi-réalistes mi-comiques, leurs expression faciales et gestuelles, les décors, le storytelling, la gestion des ombres, Eisner est et restera un maître dans ce domaine. Et quand en plus l’auteur utilise un lavis d’encre pour colorier ses planches en niveaux de gris, comme c’est le cas ici, on touche vraiment au sublime.

C’est donc encore une franche réussite pour le grand Eisner, dans un album aussi important historiquement que réussi et nécessaire. Et terminé à près de 90 ans, s’il vous plait.

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