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New York Trilogie

New York Trilogie
Auteur
Will Eisner
Editeur (Collection)
Delcourt (Contrebande)
Date de parution
Mai 2011 pour l'intégrale, 2008 pour les 3 tomes
Prix
Indisponible pour l'intégrale, entre 13€95 et 14€95 pour les 3 tomes
Nombre de pages
410
Episodes VO
New York : The Big City, New York : The Building, City People Notebook, Invisible People
NY trilogie

Muets ou diserts, instantanés ou développés en plusieurs planches, les portraits que dresse Will Eisner dans New York Trilogie révèlent toute la finesse et l'intelligence de ce grand maître de la bande dessinée contemporaine. Enseignant à l'École des arts visuels de New York lorsqu'il réalise cette trilogie, Eisner nous permet de profiter d'une belle leçon d'observation et de saisir au passage ce que la "Grosse Pomme" recèle de plus attachant.

Will Eisner dans la Ville

Ami lecteur, décortiquons un peu le présent album : cette fameuse Intégrale New York Trilogie regroupe les trois tomes éponymes déjà édités par Delcourt, qui comportent en réalité quatre récits disparates de Will Eisner, à savoir New York : The Big City (intitulé ici La Ville), The Building et City People Notebook (L’Immeuble), et Invisible People (Les Gens), réalisés par le maître entre 1981 et 1992. Invisible People a déjà été édité en France par les éditions USA, ainsi que dans une intégrale Glénat désormais introuvable qui regroupait également The Big City, City People Notebook et d’autres récits de Will Eisner comme Le Bronx/Jacob le Cafard et Le Rêveur. Les ouvrages d’Eisner ayant connus beaucoup de publications disparates dans nos contrées, le plus simple à faire pour suivre l’œuvre de cet auteur immanquable du 9ème art reste de suivre assidument la collection Delcourt, irréprochable en qualité bien que parfois un peu chère. Malheureusement, cette collection ne comprend pas Le Spirit, on attend toujours qu’un éditeur se lance dans l’édition d’une intégrale de cette série culte et précurseur.

Et l’album dans tout ça ? Il s’agit de variations, recoupées en différentes parties, sur le thème de la Ville. Will Eisner a toujours été passionné par l’histoire d’une ville, son caractère, la vie de ses quartiers, ainsi que par le genre humain. Connaissant les préoccupations de l’auteur, il va sans dire qu’un essai tel que celui-ci était couru d’avance. Dans le 1er tome, La Ville, Eisner utilise des éléments citadins de tous les jours (égouts, fenêtres, perrons, lampadaires) et va y illustrer des scènes de la vie quotidienne, avec toute la finesse d’esprit qu’on lui connaît et son amour pour le genre humain, quitte à y faire du populisme. Ses courts récits respirent la vie, qu’elle y soit belle, douce et idyllique ou triste et déchirante.

Dans le deuxième tome, L’Immeuble, le segment éponyme nous conte l’histoire de 5 individus ayant eu une destinée tragique en rapport avec un gigantesque immeuble de la Grosse Pomme. Dans ces histoires simples mais empathiques au possible, les fantômes gravitant autour du building n’y erreront finalement pas par hasard, et c’est encore tout l’amour qu’a Eisner pour la ville, les bâtiments et leur histoire qui va s’exprimer ici. On continue avec Carnet de notes sur les gens de la ville, où Eisner va dépeindre des morceaux de vie quotidiens propres à la Ville et aux gens l’y habitant. Terriblement justes et fins mais surtout plein de malices, ces courts récits souvent sans paroles et très intelligents croquent nos habitudes et notre instinct de groupe sur 4 thématiques : le temps, l’odeur, le rythme et l’espace.

Le troisième et dernier tome, Les Gens, va insister sur une idée très prégnante dans l’œuvre d’Eisner : les gens invisibles. Partant du principe qu’on devient « invisible » dans une Ville au yeux de la faune citadine, Eisner va se préoccuper de la vie pathétique de quelques-uns de ces petites gens, là encore avec l'amour, la chaleur et la délicatesse qu'on lui connaît.

Bien entendu, tout ces savoureux récits et saynètes perdraient beaucoup de leur saveur si on y ôtait les dessins sans pareil de Will Eisner : tout d'abord ces personnages expressifs au possible, aux gestes et postures proches de la pantomime, mais aussi ces villes, ces immeubles si réalistes et grouillants et de vie. Et puis l'artiste n'est rien de moins qu'un des artisans du 9ème art, et à contribué à lui forger sa propre structure : sa narration est d'une exemplarité irréprochable, et il se permet d'utiliser ses planches comme une matière malléable au possible, jouant des gouttières, de la page dans son ensemble, de la structure des cases. Jamais pour autant le dessin ne parait expérimental mais, au contraire, il respire l'évidence. Les planches sont aérées, la lecture se fait limpide, et comme si ça ne suffisait pas, le 1er tome (La Ville) est mis en relief par de l'encre dilué, rendant un effet proche de l'aquarelle.

Pour les amateurs de l'artiste, ce beau bouquin est un morceau de choix, doté d'un graphisme modèle et d'une richesse thématique profonde, où les principales préoccupations de l'auteur s'y trouvent subtilement analysées (son amour du genre humain ainsi que son attachement aux bâtiments, quartiers et villes et à leur histoire). Mais malgré sa remarquable qualité, le côté "étude" de New York Trilogie n'en fait pas l'album idéal pour débuter avec Will Eisner. Les néophytes devraient plutôt se pencher sur ses romans graphiques comme Dropsie Avenue ou L'Appel de l'Espace.

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