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Ronin

Ronin
Auteur(s) Frank Miller
Editeur (collection)
Panini (DC Absolute)
Date de parution
Avril 2010 (EO 1983-84)
Prix 65€
Nombre de pages
300
Episodes VO Ronin #1-6
RONIN

Un lointain passé. Un seigneur du Japon féodal est assassiné par une entité maléfique. Un jeune guerrier qui a juré de le venger devient un samouraï sans maître, un ronin, et parcourt le temps et l'espace dans une lutte sans fin l'opposant au démon qui a tué son maître. Un futur proche. Une importante corporation dans la jungle de New York s'apprête à lancer une nouvelle et dangereuse technologie. Un télépathe enfantin et un chef de la sécurité volontaire sont les seuls à faire de la résistance. Quand ces deux mondes se percutent, l'existence du ronin prend un nouveau tournant...

Frank Miller le précurseur

Après avoir fait ses armes en dessinant quelques épisodes d’Amazing et Spectacular Spider-Man chez Marvel et de Batman chez DC, le grand Frank Miller (Sin City, 300, The Dark Knight Returns) ne tarde pas à obtenir une grande reconnaissance publique et critique avec à son run de près de 3 ans sur Daredevil. Sans sacrifier à son archétype, l’artiste réinvente entièrement le personnage et en profite pour aller à l’encontre du courant de l’époque en nous gratifiant d’aventures sombres, adultes, matures, qui allaient profondément changer la nature du comic-book mainstream (rien que pour le personnage de Daredevil, les runs d’Ann Nocenti et John Romita Jr, de Kevin Smith et Joe Quesada, de Brian M. Bendis et Alex Maleev ou encore d’Ed Brubaker et Michael Lark sont directement inspirés de la période Miller).

Dès la fin de son passage sur Daredevil, l’artiste, toujours chez Marvel, dessine la mini-série Wolverine avec Chris Claremont au scénario, puis s’en va chez DC pour sa première création originale, Ronin. Un ronin est un samouraï sans maître, ainsi que le nom donné au héros sans nom du titre en question, qui après n’avoir pu sauver son maître face à un démon au 13ème siècle se réincarne dans un 21ème siècle futuriste. Il va tenter d’y retrouver l’épée de son regretté patron pour en finir une fois pour toute avec la bête, qui est elle aussi de retour dans ce nouveau monde.

Les inspirations de Frank Miller sont grandes dans ce graphic novel. On y retrouve son amour du Japon médiéval, des samouraïs et de leur code d’honneur (on pense fortement à Lone Wolf & Cub de Kazuo Koike), mais également ce ton adulte et ce graphisme si particulier tiré des magazines BD de science-fiction / heroic fantasy ayant émergés à la fin des années 70, tel le 2000AD britannique ou le Métal Hurlant français. On peut sentir dans le trait de Miller et dans ses décors les styles d’artistes comme Enki Bilal, Moebius ou encore Philippe Druillet. Mais Frank Miller n’est pas qu’un artiste d’influence et on sent dans l’album beaucoup de thématiques qui le suivront tout au long de sa carrière, comme l’ordinateur doté de conscience (Martha Washington t.3), les bas-fonds glauques et lugubres des grandes Villes, entités ayant leur propre caractère (The Dark Knight Returns, Sin City) ou encore ce démon si particulier, tout puissant et légèrement cinglé sur les bords (Elektra, avec Bill Sienkiewicz aux dessins). Si vous avez apprécié Miller sur ces œuvres, vous ne pourrez qu’adhérer au scénario décalé de Ronin.

Et décalage il y a, avec ce samouraï venu du passé qui se retrouve dans une cité futuriste dont la principale entreprise, à l’aide d’une entité robotique toute puissante, prend le contrôle progressif de l’ensemble de la Ville, transformant ses habitants en robot. On apprend rapidement que cette société est sous la coupe du démon, et notre ronin se trouvera des alliés qui comprennent la supercherie. Un scénario dense et prenant, découpé en 6 tomes de 50 pages, alternant action, thriller futuriste et moments intimistes, avec des protagonistes aux caractères tous fouillés (dont une femme soldat qui annonce sans grand mal Martha Washington).

Si le scénario pourrait facilement faire l’unanimité, le dessin si particulier de Frank Miller ne plaira assurément pas à tout le monde. Brouillon de prime abord (trait sec et fin, hachurages fréquents, finitions pas toujours achevées), les planches de Miller, si on prend la peine de s’y attarder, se révèle en réalité d’un dynamisme et d’une précision sans pareil. L’artiste laisse de côté le superflu et va à l’essentiel, nous proposant des planches au storytelling impeccable et très varié, et finalement plutôt exigeantes. Ronin marque également une évolution drastique dans la manière de raconter une histoire, Miller optant pour une narration très cinématographique (preuve en est ces cases verticales prenant toute la longueur de la page), qu’on n’avait quasiment jamais vue jusqu’alors. La colorisation quant à elle n’est pas des plus aboutie, mais nous permet de replonger dans ces comic-books des années 80 et de prendre un peu de recul par rapport à l’album.

En somme, ce Ronin est une œuvre atypique, forte, novatrice, fruit d’influences variées mixées avec un grand savoir-faire. Un ouvrage majeur de Frank Miller, et hautement recommandable, disponible en version Absolute chez Panini à 65€ mais également en 3 Semic Books que les débrouillard arriveront à dénicher pour moins de 20€.

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