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The Dark Knight Returns

 

Auteurs
  Frank Miller (scénario et dessins)
Editeur (Collection)
 DC Comics
Date de parution
  1986
Prix
  14.99 $
Nombre de pages
  224
Episodes VO
 
Correspondance VF
Delcourt 1998, version Absolute chez Panini

 

 

It is ten years after an aging Batman has retired and Gotham City has sunk deeper into decadence and lawlessness. Now as his city needs him most, the Dark Knight returns in a blaze of glory. Joined by Carrie Kelly, a teenage female Robin, Batman takes to the streets to end the threat of the mutant gangs that have overrun the city. And after facing off against his two greatest enemies, the Joker and Two-Face for the final time, Batman finds himself in mortal combat with his former ally, Superman, in a battle that only one of them will survive.

... et le Jour du Jugement Dernier !

Le Jugement Dernier, oui. Ou alors une sorte de Bat Big Bang, partir d'une explosion pour (re)créer un univers. Quand Miller débarque sur Batman, la franchise a touché le fond en termes de ventes. Carte blanche est donc donnée au jeune auteur et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne va pas se gêner pour imposer sa vision du personnage.

D'abord, le bond dans le futur. Bruce Wayne a 50 ans, il a raccroché le masque et la cape, tente de vivre sa retraite et s'est même laissé pousser la moustache. Gordon aussi part à la retraite. Reagan est à la Maison Blanche, plus clownesque que jamais et la nouvelle vermine de Gotham est punk, "mutante" et toujours plus violente. Le Bruce Wayne du début fait peine à voir. A la recherche du frisson, il ne trouve plus de compensation dans ses activités artificielles comme la course auto. Et puis il y a cette moustache, qui fait furieusement penser à Thomas Wayne et enfin ce sentiment d'impuissance. Pour un nouveau départ, un nouveau cycle, il faudra encore une fois tuer le père, et c'est ce que fait Miller. Exit la moustache et l'oisiveté, Bruce accepte de se faire à nouveau consumer par son démon intérieur lors d'une scène où il se retrouve nu dans la Batcave.
On aurait donc, dès le départ, une sorte d'alchimie entre la folie et la pulsion sexuelle pour expliquer ce qui fait le Batman. Mais attention, Miller s'applique à décrédibiliser les psychologues de la télé qui s'escriment à avancer la névrose sexuelle comme cause unique dans la création du personnage. Début des contradictions, elles criblent l'histoire tout du long pour au final être l'un des atouts majeurs de The Dark Knight Returns.
Cette bulle temporelle permet de changer l'habillage général pour mieux  souligner l'aspect immuable du fond. Miller pousse le concept du Batman jusqu'au bout : interventionnisme, application d'une justice personnelle (et évitons l'abus de langage en parlant de "fascime", cette notion étant bien éloignée des agissements du Dark Knight) qui finit par faire des émules, et c'est l'occasion pour Miller de prouver que seul Batman sait où se trouve la limite à ne pas franchir. C'est bel et bien le mythe (typiquement américain) fondateur du cow boy justicier sur un territoire sans loi que Miller revisite, la chevauchée finale s'imposant comme un exemple littéral. Et ainsi navigue-t-on entre nécessité et absurdité car Miller cultive avec habileté l'ambiguïté des actions et du rôle de son héros, notamment à travers le personnage de Yindel (qui passe pour équilibrée aux yeux du lecteur et qui finit par changer d'avis au sujet du Batman).

Je ne m'attarderai pas sur le nombre relativement élevé d'éléments extérieurs que Miller introduit pour définir Batman (le Président, Superman, Green Arrow, Gordon, Yindel...) mais un mot tout de même sur le plus important : Robin. On a longtemps taxé, souvent de façon ironique, la relation Batman/Robin de gay friendly. Miller apporte un élément de réponse en faisant de Robin une fille. C'est l'occasion d'illustrer une relation paternelle, trouble car frôlant avec l'inceste et pourtant en apparence saine (enfin aussi sain que puisse paraitre le fait d'emmener un enfant avec soi dans sa croisade contre le crime...). Chaque lecteur verra quelque chose de différent entre Batman et son sidekick mais une évidence que Miller impose est l'importance que rêvet Robin dans la définition du personnage de Batman. (N'en déplaise à tous les égarés qui scandent des ôdes à la gloire de Nolan et de son réalisme en plastique mou qui lui interdit d'introduire Robin dans ses films sur Batman).

Tout ceci est très sérieux donc mais sans pour autant se prendre au sérieux. Miller assume l'aspect jusqu'au-boutiste de son récit et l'accompagne donc d'un traitement scénaristique et graphique adéquat. Ainsi l'outrance graphique (Bruno le transexuel avec des croix gammées sur les tétons est l'exemple le plus criant mais évidemment, tout commence avec ce Batman à l'allure grotesque et difforme) monte en puissance à mesure que le récit se radicalise.
Transition toute trouvée pour parler de la segmentation de l'histoire. Si elle ne fait pas montre d'une complexité particulière, elle n'est pas linéaire pour autant. Chaque coup de tonnerre/flash info est l'occasion de faire avancer le récit. Les enchaînements se font de manière très fluide (je ne sais pas si Miller a inventé le coup de la narration avec des vignettes tv mais cette technique est parfaitement employée dans DKR) et la déréliction de Gotham devient palpable grâce à la multiplication des points de vue. On peut tracer un parallèle avec Watchmen, illustre contemporain de cette fin des 80's, où la convergence vers une apocalypse nucléaire est très marquée, signature des dernières heures de la Guerre Froide.

Le recours à une mise en page systèmatique (vignettes TV, petites cases, pleine page pour rythmer les climax) ne choque pas. C'est efficace sans pour autant être un chef-d'oeuvre graphique. Miller s'améliorera sans cesse point de vue dessins, dommage qu'on ne puisse pas en dire autant de ses scénarios.

Il s'agit d'une oeuvre riche, très riche. Beaucoup la considèrent comme l'histoire ultime sur Batman. Elle n'est pas forcément facile d'accès pour un débutant en bd car le trait peu maniéré et brut de décoffrage de Miller peut rebuter. Toujours copiée (au point d'entraîner une véritable dérive grim'n'gritty dans le comic book mainstream), jamais égalée, The Dark Knight Returns conserve son statut d'oeuvre unique grâce à l'intelligence de son écriture. Miller ne livre jamais une réponse uniforme et rassurante, il multiplie les va-et-viens sur la question morale en bon anarchiste de droite qu'il est. Et, au final, cette ambiguïté, cette outrance (signe de second degré) font tout l'intérêt de l'histoire.

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